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La vertu des héros

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Dim 26 Jan - 1:24
On dit que la vengeance est un plat qui se mange froid, l'amitié aussi. Enfin, quand on veut faire plaisir bien sûr.
Zevran avait apprit depuis près d'une semaine où se trouvait Fenris, était dans la place depuis deux jours, à l'observer de loin. Il avait imaginé tout un tas de mises en scène où refaire surface de manière extravagante mais aucune qui ne le satisfasse complètement. Et elles étaient peut-être même trop exubérantes pour lui. Qu'on sache qu'il couchait avec l'elfe n'était pas un problème mais que tout le monde le sache pouvait le devenir. C'était le nombre le problème. Il avait déjà eu un contrat à mener à bien dans les alentours et se faire remarquer n'était plus trop à l'ordre du jour maintenant qu'il avait repris sérieusement ses anciennes activités. Il était passé devant un petit lupanar qu'il ne connaissait pas encore et y avait un saut le matin même. Son heure de prédilection pour fréquenter ce genre d'établissement. Pas trop de monde, des filles pas encore dans leur rôle qu'il trouvait attendrissantes avec leurs mines assoupies et leurs cheveux défaits et surtout, l'embarras du choix. Pas grand monde à cette heure. Il n'était pas bien grand le bordel, mais ils avaient un effort sur la décoration et semblaient particulièrement portés sur les mises en scène de type maître et esclave. Ça lui avait fait penser à quelqu'un, et il avait trouvé son idée de réapparition. Qui serait particulièrement agréable, à n'en pas douter, quoi que vu le bonhomme, il y avait peu de chances pour qu'il goûte la plaisanterie. Tant pis. Le sexe le matin, ça mettait en jambes.

Il avait peu dormi, de crainte qu'il ne se réveille avant qu'il ait pu réaliser sa petite comédie. Il aurait fallu attendre le lendemain et le Créateur seul savait où il serait allé passer la nuit. Pour une fois qu'il avait une auberge avec un grand lit avec des montants qui se prêtaient à sa scénographie, il ne comptait pas laisser l'occasion lui filer entre les doigts. Elle était trop belle. Le soleil n'était pas encore levé quand il se hissa jusqu'à sa fenêtre, les cordes qu'il avait achetées pour l'occasion attachées en bandoulière autour de son torse. Elles gênaient pas mal ses mouvement et il crut tomber à deux reprises. Ouvrir la fenêtre se révéla moins ardu, elle était fermée par un simple loquet et sa lame introduite entre les deux battants le fit vite tomber. Partie facile, exécutée. Restait celle, un peu plus délicate, de l’enrubannage.

_ Bonjour très cher. Bien dormi ?

Non il n'était pas attaché au lit, les mains au dessus de la tête et les jambes écartées. Non, l'assassin antivan ne s'était pas confortablement entre elles de manière à s'approprier les zones stratégiques de la partie et non, il ne faisait pas non plus une toilette féline auxdites zones. Tout cela n'était qu'un fantasme, une vue de son esprit, parce que cela n'avait rien de déplaisant, n'est-ce pas ?
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Dim 26 Jan - 13:52
Ça le chatouillait.
C'était étrange, parce qu'il n'y avait rien pour le chatouiller entre les cuisses. Avait choisi de laisser sa nudité profiter des draps cette nuit, à moins qu'il ne s'agisse que d'une excuse d'ivrogne pour ne pas se rhabiller après avoir goûté à la chair de l'une des serveuses de la taverne, là-bas. Juste en face. La main bougea, péniblement, ne parvint pas jusqu'à sa jambe. En fait, elle ne fit que décoller, et retomber mollement. Un léger rire, sous couvert d'un gémissement plaintif, qui lui demanda d'arrêter de telles avances. Qu'il n'avait pas goût à cela tout de suite.
Les yeux clos, il l'imaginait au-dessus de lui, lui maintenant les poignets pour ne pas qu'il la retire et... Et comment aurait-t-elle pu le chatouiller en même temps ? Qu'importe. Elle ne cessa pas son manège, et le râle se fit plus insistant. D'autant plus qu'elle le chatouillait vraiment et qu'il était affreux de ne pas pouvoir ni se défendre, ni protester correctement. Ses chevilles le tiraillaient sans qu'il ne sache pourquoi, il s'en moquait. Pour une fois qu'il pouvait décuver tranquillement, il fallait que cette sombre idiote ait pris goût aux joies de l'automne après sa défloraison. L'ingratitude du monde, de l'ivresse, d'une liqueur qu'il ne reprendrait plus si elle l'engourdissait comme cela à chaque fois. C'était invivable.

Et sa voix.
Il aurait pu croire à une hallucination mais cela aurait été trop beau. Un piège ? Elle devait aller travailler, il était pourtant certain de l'avoir entendu protester contre une nuit dans ses bras avec un tel prétexte avant de se laisser convaincre. Alors elle n'était pas là ? Mais c'était un rêve ?
Par le Créateur, lever le visage pour résoudre l'énigme des chatouilles était une véritable épreuve.

Il resta sans voix. Littéralement. Les sourcils froncés et le regard hagard à gauche, à droite. Il tira sur ses poignets, sans succès. Comprit, et renonça bien vite. Un soupir qui le reconduisit à s'allonger. Pas une protestation, ce n'était pas avec cela qu'on le faisait partir. La fenêtre qu'il avait mal refermé laissait passer un léger courant d'air, extrêmement désagréable, et son esprit embrumé était bien trop accaparé par ce détail pour réfléchir à autre chose. C'était trop lui demander. De bon matin, quand bien même ce ne serait pas toujours là nuit aux vues de l'obscurité du dehors et de son état encore comateux et pas tout à fait alerte, c'était bien trop lui demander.

- Vous n'aviez pas assez d'argent pour un bâillon ?

De toutes les répliques auxquelles il pensait, il ne sortit que celle-ci. Et pour des raisons évidentes, son second soupir, presque serein, accompagna sa voix.

- Allez fermer cette fenêtre, au moins.
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Dim 26 Jan - 22:02
Il attendit ses mots comme on attend les premiers qu'essaye de formuler un jeune enfant. Il n'avait pas l'air de lui en vouloir pour l'avoir réveillé de manière un peu extravagante, mais peut-être était-ce du au fait qu'il ne le soit pas complètement. Ou bien au fait que son haleine trahisse à nouveau une soirée à barboter dans l'alcool. A son âge et depuis le temps que cette pratique semblait lui être familière, il aurait du savoir nager, surnager, mais ce n'était visiblement pas le cas. Il quitta à regrets son agréable posture pour aller fermer la fenêtre, se délestant au passage de ses armes en espérant ne pas avoir à lui céder une autre cette fois ci. Il n'avait toujours pas trouvé le coeur à remplacer définitivement celle qu'il lui avait abandonnée la première fois qu'ils s'étaient vus. La compensait temporairement par des lames de petite taille qu'il volait ou ramassait sur ceux qui n'en auraient plus besoin. Pas d'aussi bonne facture que la sienne. C'était une lame antivane après tout. Il ne revint pas de suite, garda ses paumes appuyées contre le verre froid, le front, les lèvres qui y dessinaient de tièdes nuages de buée. Il embrassait son reflet, souriant et railleur.

_ J'aime mieux vous entendre gémir "Briniaaaaaaaaaaa" dans votre sommeil.

A demi, son visage se tourna vers lui, lui tira un bout de langue qui avit encore son goût. Avant il aimait le froid. Beaucoup moins après qu'il eut passé quelques temps en Férelden et encore moins maintenant qu'il était définitivement résidant d'Edengardh, mais dans une contrée aride comme celle qu'était Antiva, on savait l'apprécier comme une riche épice. Avec laquelle on pouvait tout épicer, même la vengeance comme ils disaient et les enfants et même d'autres que les enfants aimaient la glace pilée arrosée de sirop de menthe ou de grenade lors des étouffantes après-midi d'été. Pour sûr, on étouffait pas à Edengardh, mais le froid rappelait les souvenirs, vifs et clairs, comme de la glace pilée.

_ Vous voulez un autre coussin pour caler votre jolie tête ? Tant que j'y suis...

A moitié sérieux tout de même, autant qu'il soit installé confortablement car il ne savait pas pour combien de temps il en avait avec lui. Il retourna à son poste, un peu plus rapidement qu'il en était parti, tenait à ce que ses mains n'aient pas le temps de trop se réchauffer pour les appuyer sur sa poitrine, avec son front, son nez, ses lèvres. Un chat aux pattes froides appuyées contre son torse, qui sentaient ses muscles frissonner sous sa peau, sous ses doigts.

_ Cela me fait plaisir de vous retrouver. Il m'est souvent arrivé de songer à vous depuis la dernière fois, parfois aussi vous étiez dans mes rêves. Vous savez, ces rêves éveillés qui font du bien.

Ses mains s'envolèrent, dénouèrent le lacet qui retenait ses cheveux prisonniers et il reposa sa joue contre lui, écarta les mèches sur les siennes par envie de les sentir contre sa paume. Avant qu'il ne prenne un air plus ronchon. Il était beau quand il dormait, quand il n'avait pas continuellement ce pli amer au coin de la bouche, ces sourcils toujours un froncés par l'habitude, cette mâchoire crispée.

_ Vous êtes adorable quand vous dormez. Ne voulez-vous pas faire semblant...?
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Dim 26 Jan - 23:48
Qu'y avait-il à rajouter ? Il était là. La même répartie. La bonne répartie. Il était lui-même, et ce n'était pas un piège. Du moins, s'il avait pour mission de l'assassiner, il mourrait des mains de l'antivan qu'il avait aimé une nuit, un matin, une journée, et de nombreuses soirées solitaires. En face de la dague qu'il avait à sa ceinture, toujours. Avec laquelle il avait tué, empreinte du sang d'ennemis à la peau déchirée presque plus qu'avec Traître. Il ne savait pas tuer proprement avec une lame aussi courte, alors il assénait plusieurs coups à la nuque, dans la gorge, dans le ventre. Là où il touchait. Pour être sûr. S'il avait été là pour l'observer, le regarder faire, il aurait été abasourdi par tant de gaucherie, de barbarie. À raison. Et s'il avait suffisamment de courage pour le lui demander, il aurait aimé apprendre à s'en servir. Mais il fallait la lui rendre. Elle n'était en sa possession que pour un temps limité, le temps que son propriétaire ressente son manque et vienne vers elle, vers lui par la même occasion. Être sûr qu'il ne se dérobe pas, avoir quelque chose pour ne pas l'éloigner plus que nécessaire. Il avait envie de le revoir, et il était là. Voilà.
Cela faisait du bien. D'entendre cette voix. Cet accent si pittoresque, presque grotesque, et pourtant discret, brimé pour ne pas être trahi par ses tics de langage. Des couleurs et des saveurs. Sa langue à peine sortie, la pointe d'un couteau qui devait avoir sur son plat les arômes de sa propre chaleur. Il aurait aimé pouvoir se lever, le retrouver, dévorer ces lèvres qu'il avait songé des heures durant. Caresser ces cheveux qu'il lui avait tant fait défaut. S'enivrer de ses parfums à en mourir. Mais il était solidement attaché. N'est pas Corbeau qui veut.

- Si vous étiez arrivé plus tôt, cela aurait été votre nom que j'aurais gémi. J'aurais fait en sorte de le retenir, et j'aurais rêvé de vous, moi aussi.

Pas besoin de bouger, il ne ferait que s'épuiser et n'était déjà pas en pleine forme. La tête ne tournait plus, l'effet de l'alcool s'estompant peu à peu, mais il aurait voulu que les choses soient différentes. S'il avait agi ainsi, il devait avoir ses raisons. Qu'il s'agisse de modus operandi farfelu ou d'une envie grotesque de retrouver la saveur du sexe à thème, qu'importait. Il était là, et il jouait avec lui. Qu'il continue. Simplement.
Juste au-dessus de lui, les mains et le visage glacés. Il apposa le tout contre son torse, et la réaction fut sans appel. Un choc thermique qu'il maudit un instant, gémissant de déplaisir à loisir, soulevant sa cage thoracique comme il le pouvait. Des abdominaux transis, des bras bien inefficaces. Il se doutait bien qu'une telle mise en scène ne devait pas relever de la simple visite de courtoisie, et pourtant il s'en fichait. Qu'il s'amuse d'un corps servi dans un plateau d'argent, d'un corps à sa merci. Et s'il fallait qu'il le saigne, au bout du compte, qu'il ne lui tienne plus rigueur de ses frasques et qu'il profite. Qu'il s'en repaisse jusqu'à ne plus en vouloir.

- Quand bien même je le voudrais, je ne le pourrais. Vous êtes là. Et vous êtes lourd.

Un sourire. Maigre, quelque peu malhabile, mais bel et bien présent. Sincère même dans la brume. Sentir sa paume sur sa joue, conduire son visage au creux de sa main. Un chien quémandant à son maître des caresses. De longues caresses. Infinies. Et qu'il ne s'en aille plus jamais.

- ... À quoi devrais-je m'attendre ? À être tué ? Abandonné ? Jeté, délaissé, comme une putain que l'on congédie après l'avoir payé ? Et si vous teniez tant à me revoir, pourquoi ainsi ? Comprenez-moi, caro mio. Par le Créateur, répondez-moi...
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Lun 27 Jan - 22:28
Lourd. Il était lourd. Quel manque de galanterie tout de même. A ce genre de remarques, il aimait bien faire son précieux ou sa demoiselle offusquée, ça agaçait les gens, mais en l'occurrence il n'avait pas envie d'ennuyer son aimable compagnie, aussi peu élégante qu'elle se montre avec lui. Il releva son visage au dessus du sien, et ses mèches dorées tombaient devant ses yeux, ballonnèrent un soupir désabusé qui ne mourut dans sa gorge. Son sourire avait disparut et, hissé sur ses coudes pour le soulager de la plus grande partie de son poids, il se contenta de le regarder un moment, hésitant. Il n'avait aucune envie de le lui dire clairement mais il était vexé par sa méfiance qu'il avait espéré abattre. Elle était légitime bien sûr, mais il avait cru, visiblement à tort, arriver l'en délester un peu lorsqu'ils s'étaient quittés. Finalement, ils en étaient exactement au même point.

_ J'espérais que nous étions passés au delà de mon humble gagne-pain. Ah la la, quelle misère !

Et son ton faussement dramatique accompagna son regard, détourné avec autant de théâtralité pompeuse. Cet homme était à désespérer. Incapable de garder les questions qu'il ne fallait pas poser pour lui, de profiter sans s'en poser, tout simplement. Qu'importait ce qui pouvait bien arriver après ? Si l'on s'encombrait de ce genre de questions, on retombait irrémédiablement sur celle de la mort et il y avait des milliers de choses plus réjouissantes auxquelles penser. Pas étonnant qu'il ait toujours l'air morose si il se complaisait dans ce genre considérations. La dernière fois, il était allé jusqu'à le frapper pour ce genre de questions stupides, il n'était pas prêt de l'oublier, et pourtant il était revenu vers lui, alors qu'avait-il à craindre cette fois-ci ?

_ Nous verrons bien en temps voulu. Laissez donc les préoccupations futures à leur place et parlez-moi plutôt du présent, je l'aime mieux. Ce genre de réflexions vous agace, hein ? D'où les cordes. je suis malheureusement obligé de me prémunir contre les gifles. Et la frustration.

Son front posé contre le sien, ses lèvres si proches de sa bouche qu'il lui semblait presque y respirer son souffle. Un peu trop aviné. Pas vraiment régulier mais encore beaucoup trop à son goût et sa jambe entre ses cuisses s'essaya doucement à l'affoler.

_ J'aime bien votre nez.

Sans la moindre ambiguïté à propos de l'appendice dont il parlait ni la moindre moquerie. C'était rare, mais il lui arrivait d'être sérieux, parfois. Et plus souvent au mauvais moment. Nul doute que Fenris n'avait cure de son avis sur son nez, et que sa remarque n'avait guère sa place das le contexte où il la formulait mais il lui sembla que c'était le moment idéal. Après tout il l'avait dans la figure. Tout un tas de surnoms aussi bêtes que sans imagination lui traversèrent l'esprit et il se promit d'en trouver un meilleur. Un de ces jours. D'ici là... Il se redressa, se soustrayant à une éventuelle offensive armée de son agréable captif pour s'emparer d'il ne savait quelle partie de son visage. Descendu du lit, il le toisa avec un sourire amusé et un œil appréciateur. Il avait bien fait de revenir.
Patiemment, il défit l'un de ses noeud  avec lequel il s'empêtrait un peu, plus préoccupé qu'il avait été à rendre ses attaches solides que pratiques à dénouer. Une cheville qui quitta son entrave tressée pour rejoindre celle de ses mains où un sort plus agréable l'attendait. Un baiser sur son pied, qu'il appuya contre sa poitrine, hésita à le chatouiller, vite dissuadé par son instinct de conservation. A cette alternative hasardeuse, il préféra celle que proposait sa langue qui, escortée de lèvres gourmande, remonta lentement sa jambe. Un doute cependant, peu avant d'être parvenu jusqu'en haut de la cuisse.

_ Vous êtes consentant, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais forcé la couche de quiconque et je ne compte m'y mettre avec vous, aussi tentant que ce soit.
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Lun 27 Jan - 23:41
Son nez. Son nez qu'il avait tant déprécié. Voilà bien longtemps qu'il n'avait plus été question de lui, simplement parce qu'il n'en laissait pas l'occasion. Le soir, les conquêtes s'intéressaient à une anatomie bien moins exhibée, et au final le seul à avoir donné un jugement de valeur qu'il avait daigné écouter était celui de Danarius. Danarius qui l'aimait, à l'instar de l'antivan. Danarius qui l'aimait car il était différent de ceux des elfes, qu'il était marqué, typiquement tévintide disait-il. Profil droit, bien trop droit, légèrement tordu après avoir été cassé, bêtement, pendant un combat. Par-dessus, Danarius le lui avait cassé quelques temps plus tard, d'avoir frappé trop fort, et il ne doutât pas un instant qu'il s'en soit voulu pour cela. Depuis, il n'avait eu de cesse d'être malmené. Et pourtant, il y avait toujours des gens pour l'aimer. Lorsqu'il rêvait à un visage plus fin, des traits elfiques, quelque chose de différent, il y avait toujours quelqu'un pour le lui faire aimer à nouveau.
Il ne lui rendait pas la tâche facile. Pas du tout.
Se faisait violence pour ne pas soulever son menton. Cela aurait suffit, pour cueillir ses lèvres. Son nez à lui, fin et joliment dessiné, pouvait se frotter à sa corne cassée, se coller à elle, l'approcher au mieux. Il avait trouvé sa place parmi son visage. Quelques centimètres à peine de ses lèvres, les yeux clos. Son souffle perturbé par celui qui se présentait au-dessus de lui, triomphant, une cadence sur laquelle il tentait de se caler, et sa jambe taquine qui faisait tout pour le perturber. C'était une forme de torture, en soi. Il en oubliait même d'embrasser ses lèvres.

- Vous m'avez attaché pendant mon sommeil. Comment aurais-je du le prendre, à votre avis ?

Un maigre sourire tandis qu'il le sentait se dérober, glisser paisiblement hors de sa faible portée. Il ne le mira pas un instant, le voir aussi loin lui aurait brisé le cœur. Sentit l'un des nœuds succomber sous l'assaut répété de ses doigts agiles. Sa langue contre sa peau, les tatouages qui l'habillaient, remonter lentement les limites de son corps, réveiller une chaleur qui n'avait rien de désagréable. À cet instant, il aurait tout donné pour ne pas être celui qu'il était. Un simple être vivant sans histoire, ni miséreux ni riche, ni innocent ni coupable, ni libre ni captif. Un être avec un autre être désireux d'acquérir un état similaire au sien, deux êtres qui se mettaient d'accords sur la chance que cela serait de ne pas être défini. Il se serait vendu pour sentir ses lèvres contre les siennes. Pour ne pas être à cette place en temps que Fenris, qu'il ne soit pas l'antivan. Que les choses soient plus simples. Qu'il n'ait pas à se cacher parce qu'en entrant ainsi il trahissait sa méfiance à l'égard du monde, ce qui voulait assurément dire qu'il était un assassin. Qu'il avait repris du service, et qu'il fallait être prudent. Il n'en pouvait plus de cette prudence. Il n'en voulait plus. Plus de limites, de contraintes, qu'elles soient fruits de l'orgueil, de l'habitude, de la pudeur ou de la raison.
Plus de cela.
Il pouvait le prendre, il pouvait le frapper, il pouvait le saigner, il pouvait l'aimer. Il aurait été consentant. Demandait seulement en échange qu'il le soit aussi.

- Forcer les serrures et faire sauter les loquets ne vous posent aucun problème. Il serait dommage que vous ayez à repartir bredouille. Si tant est si bien vous acceptiez de repartir ainsi. Sans butin.

Silence. La tête lourde, les yeux étonnamment humides. L'alcool facilitait la venue des larmes, les empêchait de partir une fois installées. Il était hors de question d'y céder. Pas une seconde.

- Je ne vous demande qu'une chose en échange, caro mio. Pouvez-vous m'accorder cette faveur ?

Laisser la pointe de son pied libre s'enfoncer parmi les replis de sa ceinture, glisser entre le tissu et la peau de son dos.

- Donnez-moi votre nom. Je vous en prie.
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Mar 28 Jan - 0:54
Pourquoi avait-il les yeux si mouillés ?
Voilà le genre de questions que l'on ne pose pas, pas à ce genre de personne, comme on ne demande pas à Zevran Arainai si il compte revoir l'une de ses conquêtes. Inutile d'être très doué pour cerner grossièrement un personnage et pour savoir ce qu'il a envie d'entendre ou pas. Il avait toujours été assez peu doué pour comprendre les gens, ou du moins, pour s'encombrer des limites qu'impliquait leur compréhension. Faire des efforts pour comprendre les gens comme ils étaient, c'était bien se donner du mal pour des personnes qui ne le faisait pas pour lui. Lui n'aimait pas s'encombrer de détails et si ils ne pouvaient pas comprendre quelque chose d'aussi simple, lui n'essayerait même pas. Donnant donnant, comme tout. Ou presque.

_ Je me suis donné du mal, vous auriez pu le prendre comme un cadeau, en quelques sortes.

Le doute dissipé, il reprit son ascension, aidé d'une main, l'autre échouée contre les lèvres privées de baisers. Lui donner son nom, oui il fallait bien que cela arrive, mais pour l'heure, ces lèvres étaient accaparées par d'autres tâches plus pressantes. Il n'en avait aucune envie. c'était amusant, qu'il ne le connaisse pas, cela donnait une dimension un peu mystérieuse à ce qui n'était, en somme, qu'un coup d'un soir un peu difficile à oublier. Enrober la trivialité des choses d'un peu de rêve, ça ne faisait pas de mal, non ? Enfin, il aimait mieux être en position de l'inconnu qui sait que l'inverse, de celui qui fait. Et puisqu'il s'agissait de position, il s'avoua de mauvaise grâce qu'il lui devait bien ça. Appliqué, attentionné et tout à sa tâche, il ne lui donnerait pas de raisons de regretter.
Ses doigts abandonnèrent leurs ouvrages respectifs pour retrouver les noeuds récalcitrants qui plus rapidement cette fois ci. Puisqu'ils en étaient à se faire des faveurs, ne voulait-il pas le serrer contre lui, entre ses jambes, maintenant qu'il le pouvait ? Cela non plus, cela ne se demandait pas, cela s'espérait au mieux, alors il espérait. Qu'il veuille l'avoir contre lui, lui faire savoir qu'il y avait une place, même si elle n'était pas bien grande, même si elle n'était qu'occasionnelle. Avoir un peu de chez lui avec lui, qu'il lui donne ce qui lui manquait tant. Mais c'était beaucoup, vraiment beaucoup, et il serait incapable de lui rendre la pareille, alors tant pis. Il n'y avait qu'à espérer que Fenris ne soit pas un acheteur.

_ Caro mio. Vous êtes adorable. Voulez-vous que ce soit mon nom ? Cela peut l'être, juste pour vous.

Il ne voulait certainement pas plaisanter, pensait-il en retrouvant la place à laquelle il aspirait tant contre son torse, son visage dans son cou. Il était comme lui, il avait envie de savoir à qui il avait affaire, et lui-même ne savait plus trop quel nom lui donner. Se donner. En arrivant, il avait essayé de se débarrasser d'Arainai mais à défaut d'en avoir un autre, il l'avait gardé, en voulant se débarrasser de ce qui maintenant le répugnait, il n'aurait pu garder ce qu'il y avait encore de bon dans le nom qu'il s'était donné. N'en avait pas trouvé un autre qui vaille la peine de le porter. Il l'avait gardé, finalement. Il l'avait gardé. Ce n'était pas très courtois non plus d'oublier le nom de quelqu'un.

_ Caro mio Arainai, ça ne sonne pas trop mal, ne trouvez-vous pas ? Moi j'aime bien.

Un petit soupir qui se moquait de lui-même. Ce qu'il pouvait être lâche. Ce n'était qu'un nom, il n'y avait rien à cacher de particulier.

_ Vous voulez vraiment savoir ? Vous pourriez m'appeler par ce que je suis pour vous, et je vous rendrais la politesse...
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Mar 28 Jan - 15:06
Sa tête échouée dans ses cheveux.
Les jambes repliées, elles ne pouvaient guère faire mieux. Abandonné à ses chaînes, il se contenta de s'échouer dans l'or du pardessus de son crâne. S'y enfoncer autant qu'on le lui permettait, y perdant son nez, ses lèvres immobiles. Se contorsionna à peine, en vain, pour le sentir plus près sans l'aide des bras. Ses deux grands bras. Il n'était pas assez souple pour le rapprocher avec les jambes, s'en voulut immédiatement. Il aurait du le pouvoir. Il aurait du savoir faire. Il était encore trop loin. Les mains dans sa nuque, sur son torse, le souffle remontant le long de son visage, cascade douce contre le derme dorsal, et toujours trop loin. Les larmes eurent du mal à rester à leur place et il se fit violence pour qu'il ne puisse le voir. Ses yeux tournés vers l'obscur du creux de l'épaule, il ne remarquerait rien. Rassurait ses peines et ses doutes en enfonçant davantage son profil en lui. Entre les dunes arides d'Antiva. Un sanglot qu'il étouffa en soulevant sa poitrine, proie d'un inconfort qui savait bassement physique. Les liens serraient tant il avait tenté de se rapprocher de lui, et les poignets usés n'entendaient pas rester vulnérables bien longtemps. Il douta que le lyrium puisse venir à bout d'un tel cordage seul, et ne s'en préoccupa pas un instant de plus. Il souffrirait. Ce n'était rien.
Rien quand l'homme qu'il était souffrait d'ores et déjà par trop de facteurs dont il était le principal actionnaire. Il aurait aimé savoir parler pour lui dire tout ce qu'il avait sur le cœur, mais la langue fourchait décidément bien trop. Lui dire à quel point ce qui lui demandait était odieux, perfide, alors qu'il s'était fait appeler toute sa vie par autrui et qu'il n'avait jamais rien choisi. Ils étaient des maîtres, et lui portait le nom qu'il désirait. La progéniture s'appelait Leto, l'esclave Fenris, le jouet d'Hadriana Verna et il avait oublié ceux que l'on s'amusait à lui rajouter. Qui il était ? Il n'en savait trop rien. Un affranchi pas tout à fait libre, la victime des Somniari, un elfe dans un corps d'humain, l'homme qui portait en lui la seule trace de lyrium d'un monde auquel il n'appartenait pas. Il pouvait être utile en communauté mais n'avait pas de but une fois isolé. Il était un chien trop fidèle pour être racheté, et même revendu. Trop vieux, trop laid, trop méchant. Et la pire des choses, c'était que le seul à revenir vers lui était exactement comme lui.

Il ne savait plus quoi dire. Quoi faire. Aurait voulu avoir ses bras pour ne pas qu'il s'éloigne, ne serait-ce qu'un instant. La fenêtre pouvait être grande ouverte, la fin de la nuit pouvait arriver, pour rien au monde il ne l'aurait laissé s'enfuir. Il l'avait par trop fait souffrir, et lui devait beaucoup. Il lui devait des explications, longues, et un nom. Un nom qui était le sien.

- Je n'en peux plus, caro mio. Je n'en peux plus.

La voix tremblante. Leurs cheveux emmêlés et la voix rauque d'avoir trop bu, de ne pas avoir assez dormi, d'éviter de s'effondrer devant lui. Il ne voulait plus de cette fierté et ne pouvait s'en défaire. Il n'aurait pas aimé le savoir si faible, s'encombrer d'un tel fardeau. Il voulait de la chair, un corps contre lequel s'allonger, et il n'espérait pas qu'il soit revenu pour autre chose que cela. Revenu. Qu'il récupère sa dague et qu'il s'en aille, s'il s'agissait uniquement de cela. Il était déjà bien marri de ne pouvoir l'oublier, de ne savoir comment agir, quoi répondre. C'était usant. Usant, et d'autant plus ardu que ce qui lui demandait l'éloignait de toute responsabilité.

- Je ne vous encombrerais pas d'informations inutiles, n'ayez crainte. Pardonnez-moi.

Tant à dire et si peu de temps, de vocabulaire, de courage. Il avait froid, tout d'un coup.

- J'aurai aimé savoir quoi dire, simplement. J'aurai voulu... Que les choses soient différentes. Autant que possible. Peu importe.

Et rien à rajouter, si ce n'était ce reniflement qu'il voulu discret. La gorge nouée.

- Votre nom, caro mio Arainai. Vendez-le moi s'il possède autant de valeur à vos yeux, n'importe quoi. S'il vous plaît.

Soyez sincère. Rien qu'une fois.
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Mer 29 Jan - 23:47
Une main sur ses poignets pour empêcher tout gigotement intempestif. Cet idiot serait bien capable de se blesser tout seul si on le laissait faire, et il n'y comptait pas. Un claquement de langue désapprobateur le lui fit savoir, doux et sévère comme celui d'une mère réprimandant un enfant un peu trop turbulent.

_ Arrêtez de tirer là dessus, vous allez finir par vous faire mal.

Entre les mains prisonnières, il glissa la sienne, emmêla ses doigts parmi les leurs. Un  peu rugueux, un peu abîmés, et tout son corps frissonna du souvenir de leurs courses sur sa peau. Il avait envie de les libérer, de les sentir sur lui, contre son dos, dans ses cheveux. Il avait tellement l'air de les aimer ses cheveux. Il aurait pu l'attraper ainsi, l'empoigner si facilement d'une main, le renverser, l'écraser de son poids que lui ne lui reprocherait pas, le soumettre en somme, échanger les rôles, jouer un peu. Mais les jeux faciles n'était pas amusant, et il ne s'était pas donné tant de peine pour l'attacher pour y mettre un terme aussi rapidement. Quitte à être frustré, il préférait s'infliger cela lui-même. Il n'avait aucune envie que l'on joue avec lui comme la dernière fois, c'était à son tour. Il s'occuperait de lui, entretiendrait son feu jusqu'à ce qu'il ne puisse plus le contenir, alors seulement il le détacherait. Pour une fois, juste une, il avait envie qu'on se jette sur lui et non l'inverse. Contre sa gorge, il laissa poindre sa langue, l'y promena un temps sur ce trajet horizontal que ses lames connaissaient si bien.

_ Mon nom n'a rien de précieux je vous rassure, et je ne suis pas assez vil pour vous faire payer des fortunes pour une babiole. J'aimais juste ce que ce petit côté mystérieux donnait l'anonymat à notre... hm... relation ? Oui c'est cela, relation.

Il n'y avait guère d'autre mot à employer, c'était même le seul. Car il y avait bien quelque chose entre eux, qui était passé légèrement au delà de la simple coucherie. Il l'avait revu, comptait le revoir encore, savait qu'il trouverait toujours une occasion pour cela. Après, c'était la nature exacte de la relation qui restait assez obscure et encore bien fragile, mais connaître la nature exacte des choses ne l'avait jamais beaucoup intéressé. Lui-même n'avait jamais trop su qui il était et, heureusement, cela ne l'empêchait pas de vivre. Il vivait même très bien, sans doute, et certainement bien mieux que tous ceux qui se posaient bien trop de questions dont ils savaient pertinemment qu'elles resteraient sans réponse. Et il espérait bien que la question de leur relation le reste aussi, c'était bien plus original ainsi. Visiblement, ce n'était pas l'avis de Fenris, et il faudrait sacrifier une part d'originalité pour la faire perdurer. C'était ce qu'il considérait comme le plus important, et cela le surprit.

_ Mon nom est Zevran. Zevran Arainai. Voilà, vous savez tout.

Il étouffa un rire dans son cou, laissa glisser ses mains dans ses cheveux à la couleur inhabituelle. Nature inexacte, lui aussi. Son doigt traîna contre sa tempe, sa pommette, atterrit sur le coin de sa bouche. A ce rythme là il n'était pas près de le détacher, ce n'était pas avec des pâquerettes que l'on faisait flamber un brasier. Il était bien, là, pourtant. Appuyé sur un coude, il se redressa, il avait envie de le voir pendant qu'il caressait son visage. Fermerait-il encore les yeux ? Serait-il agacé ? Certaines réponses étaient plus faciles à obtenir que d'autres, tellement accessibles que parfois, elles étaient mal venues.

_ Vous...

Il ne s'attendait à rien de particulier de la part de monsieur ronchon, mais cela touchait presque à l'irrationnel. Ses reniflements pouvaient-être dus à la fraîcheur, nu et la fenêtre ouverte, c'était tout ce qu'il y avait de plus plausible, mais pour ses yeux, il ne pouvait invoquer l'hypothèse d'une soudaine conjonctivite. Ils le trouvèrent désemparé, et il ne sut comment se comporter devant eux, qui allaient le juger. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais ne sut trop quoi non plus, l'absurdité de ses questions les achevant avant qu'elles n'aient franchit ses lèvres. Il était lâche, il le savait, mais il ne voyait rien d'autre à faire, alors il s'échappa, fuit son regard avant d'y lire ce qu'il redoutait, quitta le lit aussi vite qu'il put et enfila ses bottes sans prendre le temps de les lacer. Il courrait presque quand il franchit le seuil de la porte qu'il laissa entrouverte derrière lui et pas une fois il n'osa se retourner.
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Jeu 30 Jan - 3:47
Il se leva. Sans prévenir.

- ... Non...

Première protestation, parce que ce n'était pas normal. Il voulait l'avoir contre lui. Sentir ses cheveux sur son torse, dans sa nuque, contre sa joue, et partout où il irait en naviguant sur la mer calme qu'était son corps enchaîné. Il voulait avoir sa chaleur contre lui pour oublier l'hiver qui rongeait ses veines. Un tribut autrement plus sain que le vin à son goût. Il voulait arrêter. Trouver une solution autre pour ne pas avoir à souffrir les caprices d'une drogue en lui, ne pas avoir à recourir à une autre drogue pour calmer ses ardeurs. Il voulait changer cela. Il voulait faire quelque chose de bien pour lui. Et qu'il fasse quelque chose de bien pour lui aussi. Qu'ils restent ensemble pour s'entraider, eux qui étaient si semblables et pourtant si différents. Il n'avait aucune raison de se lever ainsi. Encore moins de se chausser.

- Non. Non, non, non.

Seconde protestation parce qu'il réalisait. Amèrement. Il partait. Il voulait partir. Quelque chose dans ses yeux avait eu peur, il l'avait bien senti, et tout allait bien jusqu'à ce qu'il ouvre les siens. Son humidité ? Une simple faiblesse. Le poids de l'alcool, il devait le savoir. Il devait le savoir, pourtant, qu'il était soûl, mort, ailleurs, que ce n'était pas Fenris mais un ivrogne perdu dans sa souffrance qui ne faisait que la ressasser et pour qui il était un rayon de soleil. Caro mio. Caro mio, une expression qu'il trouvait belle. Qui lui allait bien. Zevran Arainai, caro mio. Ti voglio tanto bene. Te vuolo per mio Pompino. Non posso vivere senza di te. Il comprendrait. Il comprendrait, avec cela. Il saurait. Il saurait. Ou en orlésien, ou en d'autres dialectes, il comprendrait. Ce n'était pas difficile pourtant. Pourquoi continuait-il ce jeu absurde ? Il pouvait quitter ses chaussures.

- Attendez ! Zevran !

Parce qu'il part.
Il part vraiment.
Et la prière partit seule elle aussi. Comme un appel à l'aide. Un appel à l'aide qui le redressa immédiatement, pour lequel il soupira, gémit, et commença à tirer. Tirer sur les liens pour les faire céder. Il partait. Il partait. Ce n'était pas même concevable. Comment aurait-il fallu agir ? Comment aurait-il pu prévoir sa venue ? Il n'avait laissé aucun indice, aucun jeu étrange pour qu'il l'attende, et quand bien même il ne s'attendait tout simplement pas à le voir. À le voir si tôt. Les os craquèrent, les poignets rougirent. Les pieds déjà libres s'acharnaient à bouger le plus possible pour tirer avec les membres supérieurs sur les liens qui les entravaient. Et la voix ne porta pas aussi loin qu'il l'aurait voulu. Si ça se trouve, il est déjà parti.
Un loup prisonnier. Une bête enragée.

- Qu'ai-je fais ? Répondez-moi ! Revenez ! ZEVRAN ! Que se passe-t-il ?! Zevran, par le Créateur, revenez ! Maintenant !

Continuer. L'insulter. L'ancien tévintide, l'antivan, et même l'orlésien. Toutes les insultes qu'il le pensait capable de comprendre. Il voulait lui faire mal. Lui faire mal comme il lui faisait mal en partant. En l'obligeant à tirer aussi fort. Il s'en moquait. Tout ce qui comptait c'était de gagner sa liberté, et pour cela il fallait briser les chaînes. Supporter ses pas dans le couloir, au-dessus du parterre vulgaire qu'il crachait sur lui sans même le voir. Il n'avait pas besoin de cela pour le haïr. Le voir mort entre ses mains, la gorge bleue d'avoir trop serré. Les poignets rouges d'avoir trop tiré. Les dents usées d'avoir rongé la cordes et la peau brûlée d'avoir sacrifié ses forces au minerai. Lueur turquoise dans l'obscurité, grand coup sec. Il sentit le bois du lit craquer, il tomba à la renverse, interrompant son flot d'injures pour le troquer contre celui des suppliques. Il fallait qu'il revienne et il tirait sur son membre pour cela. S'aidait de la plante des pieds contre le mur pour tonner plus de force. Utiliser la main libérée pour tenter de défaire le nœud sans grand succès. Mieux valait tirer. Il fallait utiliser la force brute. Ça marchait bien plus souvent que les mots, étrangement.
Parce qu'il ne revenait pas. Il avait beau gémir, il ne revenait pas. Il estimait la durée de sa débâcle à une petite minute. Largement assez pour qu'il soit parti, mais il ne pouvait pas être parti. Pas encore, pas cette fois. Pas maintenant qu'ils savaient, tous les deux. Et les larmes roulaient sans qu'il ne sache les retenir. Son premier problème n'était pas ça. Il fallait tirer, et il tirait. Il tirait trop fort. Sentir ses tendons s'étirer, la douleur s'installer patiemment, confortablement. Sans qu'il n'ait de cesse de tirer. Tirer, tirer encore. Hurler comme un forcené. Et tirer.

Tomber à la renverse, se redresser sans l'aide des mains, elles n'avaient plus lieu d'être. Tituber vers la console, unique réflexe, avant de s'y écrouler. L'alcool définitivement installé, il n'avait pas dormi très longtemps. Pas assez pour avoir une vision nette, mais ce qu'il cherchait n'était pas difficile à trouver. Il n'avait jamais eu qu'un seul carnet. Son honneur découvert, sa pudeur inexistante, la porte grande ouverte et quelques pas qui mutèrent en course jusqu'à l'escalier. Il ne pouvait être passé que par là. Et il y était toujours. Juste en bas.
Un temps. Le temps de penser, à peine. Penser au bruit monstrueux qui avait du perturber le sommeil de tout le monde. Penser que son état n'arrangerait en rien ses facultés à descendre ces marches correctement. Penser au livre. Et le lui jeter dessus. Viser le crâne, et toucher juste. Toucher juste.
Il méritait le titre de Chevalier-Capitaine, pour un tir comme celui-ci dans son état. Priait pour qu'il ne l'ait pas blessé. Le lyrium n'était pas tout à fait parti.

- ... Vous avez oublié ça...

Le regarder. Prendre un instant pour le mirer, enfin. La vue retrouvée. Clarté autour de lui. Les larmes tombées. Plus de peur que de mal. Plus de peur que jamais.
Le souffle court et les bras usés. L'épaule endolorie sans qu'il sache réellement pourquoi. Il avait du la cogner quelque part, qu'importe. Zevran. Ni elfique ni humain, juste antivan. Si les corbeaux portaient des noms, il y en aurait un qui s’appellerait Zevran et qui serait un corbeau aux yeux ambrés. Profondément ambré. La tête lourde et les yeux embrumés. Les lèvres entrouvertes depuis quelques secondes, qu'il referma doucement. Entreprenant d'emprunter le chemin dangereux pour le retrouver. En descendre une. Deux. Trois. Quatre. Nombre pair, et dévaler les autres à l'aide du lyrium, spectre tangible, célérité presque effrayante. En tous cas il ne l'avait pas vu venir, lui. Pas vu venir ses lèvres qui vinrent dévorer les siennes avec passion plus qu'avec langueur. Pas vu venir la pulpe de ses doigts contre ses tempes, remonter doucement jusqu'à ses crins de soleil, les paumes encadrer son visage. Son corps poussant celui de l'amant contre le mur, presque trop brutalement. Aucune idée de l'endroit où il était, et il s'en foutait. Qu'ils la ferment, aussi bien l'un que l'autre et que tout l'univers entier. Aucun témoin de leur impédance, pas même eux. Il avait fermé les yeux.
Quand il les ouvrait, Zevran s'en allait.

[Ça, oui, c'est long.]
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Lun 3 Fév - 0:36
L'espace entre lui et la sortie qu'il franchissait trop vite, bien trop vite. Il aurait voulu fuir sans avoir à quitter ses bras, disparaître contre lui, caché mais sa présence certaine. Il aurait voulu être un hérisson, un escargot, un quelconque mollusque à coquille qui s'enroule ou se referme sans s'en aller. Juste lui faire savoir que la quantité d'informations qu'il pouvait recevoir était réduite dans le domaine dangereux où ils glissaient et qu'il lui fallait du temps pour les traiter. Il n'avait pas de coquille, et se serait trouvé bien stupide à formuler une telle explication, alors il fallait quitter sa proximité, le quitter. En sachant qu'il aurait trop honte pour revenir vers lui. Peut-être. Certainement pas assez. Il reviendrait, bien sûr, ne perdrait pas sa trace, serait là, provoquerait une nouvelle rencontre, accidentelle. Cela vaudrait mieux.
Il ne su dire quoi du livre ou du fait qu'il ait pu se défaire de ses liens le secoua le plus. C'était invraisemblable. Il ne se vantait pas d'être un expert en bondage, ce domaine le trouvant encore seulement amateur et souvent malhabile, mais faire des noeuds qui tenaient était depuis longtemps à sa portée. Un moment d'incompréhension avant qu'il se souvienne. Oui, le livre. Mais il ne savait pas lire, comment aurait-il pu écrire ? Un instant d'étourdissement de trop, qui l'avait laissé à sa merci. La lumière bleue était passée par là, courrait encore en lui, et il ne chercha même pas à lui résister, ni son corps ni ses lèvres, c'était inutile, et il ne le voulait même pas. Il laissa d'étranges poissons aux brûlantes ondulations nager entre ses côtes alors qu'il abandonnait sa bouche à la voracité de son prédateur. Attendu, abîmé, tant espéré, il aurait été prêt à le laisser faire ce qu'il voulait de lui si il n'y avait pas eu cette maudite fierté, encore elle, qui s'insinuait vicieusement partout, surtout entre eux. Il fallait parler, remettre un peu de distance, un peu d'air car il commençait à l'étouffer. Qu'il s'arrête et qu'il ne s'arrête jamais.

_ Vous avez goût de sel maintenant.

Comme un petit hareng. Comme Isabela qui, encore trempée des embruns et des tempêtes, comme ses marins, venait cueillir son traditionnel petit réconfort terrestre. Un petit réconfort haut de gamme. Non, un accueil plutôt. Isabela, elle, n'avait pas besoin de réconfort. Pourquoi pensait-il à elle ? Pourquoi cherchait-il aussi désespérément à penser à quelqu'un d'autre qu'à lui ? Pourquoi se laissait-il attraper si il ne cherchait ensuite qu'à fuir ? Chasseur, chasse-les loin, Isabela, ton orgueil et tes souvenirs. Tout cela est révolu, tout cela n'a pas sa place ici, entre toi et lui. Le prédateur ne te veux pas de mal, inutile de faire défiler toute ta vie devant tes yeux, tu auras bien le temps pour ça plus tard. Plus tard.

_ Essayer de m'assommer était inutile, vous auriez pu attendre que je m'endorme. C'est redoutablement efficace.

Le frisson amer du souvenir qui échappait à sa chasse, lui échappait toujours, et son propre goût de fer qui saturait sa langue et sa gorge, l'étouffait plus sûrement que n'importe quel contact. Ses bras se refermèrent sur son dos peint, le ramenèrent contre lui autant qu'ils le purent, sans doute bien trop fort pour que cela soit anodin, si fort car il imaginait que ce qui se consumait douloureusement entre ses poumons serait assez fort pour transpercer le tissus, transcender la chair, rassurer de sa chaleur l'étranger affolé qui se débattait au delà de l'autre frontière. Et le comprendre un peu, aussi, par la même occasion. Il se demanda ce que cela devait-être que d'être siamois pour la poitrine et de partager les mêmes organes vitaux. Sûrement moins exaltant que ce à quoi il pensait à l'instant. Un moment où il était prêt à tout et à rien, à mentir et promettre n'importe quoi tant que cela lui faisait du bien. Même quelque chose qu'il n'aurait pas cru. Il aurait été prêt à lui jurer sur sa vie qu'il lui serait fidèle jusqu'à sa mort. Un moment passager, raisonnablement, mais il aurait donné cher pour qu'il dure encore. Pour cela il fallait être sincère, bien sûr, et il l'admirait tant de l'avoir été. Il n'avait rien dit d'extraordinaire, les mots en eux-mêmes n'avaient rien d'extraordinaire, mais ils étaient dits, et ils n'avaient pas besoin de l'être.

_ Je serai revenu. Peut-être pas tout de suite, mais je serai revenu. Peut-être que je donne l'impression de mener ma barque un peu au hasard, mais j'ai toujours quelques étoiles pour me guider vous savez. Et maintenant je sais vers où m'en revenir.

Il hésita, se dit qu'il ferait bien de s'arrêter là. La sincérité c'était sans doute aussi se retenir de dire tout ce qui lui passait par la tête quand cela s'imposait. Son sourire eu du mal à s'étrangler de lui-même, tellement de mal qu'il renonça à le retenir et se pencha à son oreille, pour lui délivrer une ridicule confidence. Cela n'aurait pas sa place de ses yeux aux siens, une boutade entre amis, rien de plus, rien de sérieux, même si, quelque part, cela sonnait aussi juste que grotesque.

_ Et j'ai... vous. Ma... belle bite d'amarrage.
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Lun 3 Fév - 16:37
C'est ça, cachez-vous derrière vos sarcasmes. Vous êtes mignon lorsque vous êtes perdu.
La chaleur dans son bas ventre ne fit que croître lorsqu'il l'attrapa à son tour, qu'il le tint contre lui, fort. Trop fort, peut-être. Il n'arrivait plus à lécher son cou. La naissance de ses clavicules, leur creux, déraper sur le sternum, sous l'armure, l'entendre respirer fort lui aussi. La fatigue, l'alcool, l'émotion. Un peu de tout, et cela donnait eux. L'union improbable de deux inconnus heureux de s'être trouvés sans trop connaître la raison d'un tel entrain. Il se débattit à peine, parce que les bras étaient épuisés et qu'il avait su les capturer efficacement. Pas suffisamment pour le priver de sa liberté d'agir, et un coup d'épaule tint son emprise loin de lui, amoureux des cheveux qu'il avait laissé pousser depuis leur rencontre. Glissées entre ses mains malgré la goutte carmine qui perlait le long de son bras d'avoir trop tiré. Il avait prévu de le revoir. Il avait prévu de revenir. Il n'avait pas une profession laissant libre court aux fantaisies capillaires, qui plus est lorsqu'elles pouvaient coûter la vie. Et il portait les cheveux longs à merveille. Bien mieux qu'il ne les aurait jamais portés.
Ses lèvres, à nouveau. Elles avaient le goût du sucre, un sucre doux quoique légèrement acidulé. Une friandise. Une gourmandise qui, une fois croquée, avait les saveurs de sa virilité. Il aurait tenté de l'étouffer avec sa langue s'il suffisait de cela pour le garder dans ses bras éternellement. Resserrer l'étreinte maintenant qu'il se l'était approprié. Un moment où il n'appartenait qu'à lui. Les muscles de sa nuque détendus, il s'offrait à lui comme offrande, et n'avait pas le cœur à refuser pareil marchandage. Il savait comment adoucir le plus craintif des animaux, le faire ployer devant lui. À genoux, s'il n'avait pas voulu dévorer ses oreilles. La pointe de la langue contre la joue et son souffle simple, brut, trop chargé pour être raffiné. Et la terminaison de son oreille, si sensible. Un endroit qu'il valait mieux ne pas toucher, d'habitude. Mais il était à lui.
Il était sa bite d'amarrage.

Avait-il seulement bien entendu ?
L'irréel lui faisant calmer ses ardeurs, lever les yeux au plafond, prendre un instant pour ne rien dire. Laisser tomber son visage dans le creux de son cou. Et rire. Rire comme il n'avait que rarement ri. Une voix éraillée et grave, timide et réservée, craintive et pourtant rassurée de pouvoir sortir de la gorge. Un rire, qui glissa un baiser contre sa clavicule, qui fit tomber les mains de son corps. Un rire qui lui donna les larmes aux yeux, et il put affirmer en toute connaissance de cause qu'il ne s'agissait pas d'une farce de l'alcool. Un rire qui le fit se dérober à son emprise, tituber vers les escaliers. Sans arrêt. Sans s'arrêter un seul instant.

- J'ai payé pour une chambre, et je compte bien rentabiliser mon investissement.

Il mit un temps avant de pouvoir le regarder, essuyer les larmes du revers de la main, la lui tendre paisiblement. Il avait mal, mais ce n'était rien. cela ne durerait pas longtemps, et la récompense en valait largement la peine.

- Je vous en dois une. Joignez-vous à moi, pour une nuit. S'il vous plaît.
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Mer 5 Fév - 6:39
Il accueillit sa main avec une reconnaissance flanquée d'un soupir qui se voulait désinvolte. Prendre sa main, voulait la lui offrir en mariage ? L'emmener danser ? C'était d'une stupidité confondante, il était certainement celui des deux qui avait le moins besoin de quelqu'un pour le soutenir. Peut-être pour le retenir. L'attention était charmante.

_ Vous feriez bien de boire un peu moins où vous allez perdre ce que vous me devez.

En espérant qu'il soit moins imbibé que la dernière fois, même si il ne s'était pas départi de tous ses moyens. Il faudrait voir ça en haut. En remontant les marches, il lança un sourire narquois à un garçon maigrelet encore ensuqué qu'ils avaient du tirer du sommeil par leur raffut. Pourquoi prendre la peine de masquer une aussi intense satisfaction ? Elle tiédit un peu une fois de retour dans la chambre, car il n'eut guère besoin de le pousser pour qu'il se laisse tomber sur le lit. A peine de quoi faire flancher un équilibre déjà précaire. Sa chute fut amortie dans un froissement moelleux qui ne fut pas sans lui rappeler la nuit que lui avait passée assis sur une terrasse d'où il avait pu épier la fenêtre de sa chambre. Rien de bien enviable et son dos courbaturé n'aspira qu'à se laisser tomber à ses côtés. Comme sur un nuage duveteux, et puis il se roulerait en boule et il s'endormirait. Cette perspective de repos et d'oubli avait quelques attraits tentateurs mais il repoussa son examen tactile à plus tard, lorsqu'il aurait réellement une bonne raison d'être épuisé. Ou deux bonnes raisons même, mais au vu de la sobriété encore mal égouttée de Fenris, mieux valait ne pas être trop optimiste. Premièrement, défaire ses bottes. Il avait horreur de mettre des petits bouts de terre ou de brins d'herbe dans les lits, comme il avait tout autant horreur de se retrouver gêné par des chaussures encore lacées lorsqu'il se déshabillait, ça avait le don de l'agacer. Il aurait presque comprit Fenris qui allait les pieds nus si l'idée de les avoir aussi sales ne l'avait pas révulsé. Décidément... Il abandonna ses chaussures au pied du lit, s'y hissa impatiemment et s'assit sur son trône tant convoité. Si facile d'accès. Le tintement familier des fioles soigneusement attachées à l'intérieur de sa ceinture aurait pu annoncer l'apparition d'une gentille potion destinée à compenser son évident manque d'endurance mais il préféra opter quelque chose d'un peu moins égoïste cette fois ci. D'un peu plus réparateur. C'est qu'il s'était fait mal le bougre.

_ Je l'ai parfumé à l'ambre et au santal, c'est un signe je crois.

Il ne se souvenait certainement plus de ses propositions de parfums, et quand bien même cela aurait été le cas, il n'était certainement pas en mesure de faire le lien avec ce qu'il venait de lui dire. Sans importance. Il l'écoutait c'était tout ce qu'il voulait, il ne lui demandait même pas de comprendre.

_ Je n'ai pas oublié le livre, ne vous inquiétez pas. Il m'avait semblé que vous ne saviez pas lire... vous m'avez fait des illustrations de bordels finalement ?

Demanda-t-il le plus respectueusement du monde en massant ses épaules et ses poignets avec son baume parfumé. Cela ne soignait rien du tout, mais cela avait le mérite d'éloigner la douleur et de soulager les muscles endoloris. Une petite recette sans prétention qu'il affectionnait beaucoup.

_ Hm, une question, encore. Combien avez-vous tiré de la dague que je vous avais laissée ?

Bien sûr que non, je n'y tenais pas. Je ne vous l'aurez pas abandonnée sinon.
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Mer 5 Fév - 17:22
Ambre et santal. Peut-être que cela lui irait, finalement, il n'en savait trop rien. attendait de pouvoir en sentir les fragrances correctement, quand bien même son sens d'olfaction n'était pas sous son meilleur jour. Il restait encore capable de sentir ce qui lui plaisait, à commencer par le parfum de ses cheveux. Comment faisait-il pour les entretenir sans les abîmer ? Danarius avait eu dans ses habitudes de concocter quelque potion huileuse à appliquer sur les racines, mais sa crinière pâle n'avait jamais entendu les soins de cette oreille et, à force, il fallait couper un peu. Il les avait porté longs, tout de même. Pas suffisamment au goût du maître, mais il n'était jamais satisfait de rien. Un abandon significatif, que Danarius lui-même n'osa lui reprocher de vive voix. La vie qu'il menait ne lui permettait pas de les avoir en bon état, simplement.
Qu'y avait-il de différent dans sa vie à lui ? L'assassinat ? La joie ? Et qu'est-ce qu'il s'en fichait, il avait ses mains sur son torse. S'était laissé vaciller, échouer sur le lit sans lutter une seule seconde. Il n'en pouvait plus. L'avait laissé l'échelonner pour mieux le chevaucher, attendait la suite. Ses paumes tièdes contre ses épaules, dans ses bras. Il n'osait le regarder, fermait les yeux pour ne plus les rouvrir, pour qu'il ne s'en aille plus. Pas maintenant, pas comme ça. Ce n'était rien, mais c'était déjà ça. Il était avec lui, ils étaient tous les deux. Ensemble.

- Je sais écrire plus que je ne sais dessiner. Vos princesses auraient eu l'air de crapauds, vous m'en remercierez plus tard.

Il n'avait pas tort. L’apprentissage n'était pas tout à fait régulier et il souffrait de graves lacunes, encore, mais il faisait des efforts et arrivait à lire à peu près n'importe quoi si ce n'était pas trop grandiloquent. Les traités, les manifestes, les livres et parchemins anciens lui résistaient, mais ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne le perce à jour, il en faisait le serment. Un temps, où il porta son poignet à ses lèvres. Il était douloureux. Pas comme s'il était cassé, non, mais fragilisé. Il ne supporterait pas de ne pas pouvoir tenir Traître des semaines durant, comme la dernière fois, et il n'était pas ambidextre. Pas comme lui. ce qu'il s'en voulait.

- Votre dague... Lève les yeux au ciel, réfléchit. Il devait avoir l'air particulièrement convaincant, parce qu'à aucun moment l'antivan... Zevran, ne se douta de sa supercherie. Elle m'a rapporté... Six cadavres supplémentaires. Je crois. Vous pensiez que j'allais la vendre alors qu'elle ne m'appartenait pas ? Pour qui me prenez-vous, au juste ?

Pour un mendiant, c'était pourtant pas compliqué.
Un soupir. Il le fallait bien.

- Sur la commode, accrochée à ma ceinture. Elle est très pratique, vous devriez lui donner un nom.
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Ven 7 Fév - 9:57
Lui donner un nom ? Pourquoi faire ?
Pour qu'elle l'appelle papa ? Parce qu'une arme est un symbole de puissance virile et que certains appellent leur membre Junior ou Paupaul ? Sans façons, merci. A moins que ce ne soit dans un contexte qui s'y prêtait, il n'humanisait pas les objets, n'essayait pas de se les rendre personnels. Il avait été habitué parmi les Corbeaux, à changer, échanger, tout s'échangeait, même les Corbeaux on les changeait quand ils n'étaient pas assez efficaces. Pourquoi donner un nom, s'attacher sentimentalement à un objet qui, premièrement, ne le lui rendrait pas, et deuxièmement, finirait lui aussi par être perdu, détruit ou vendu ? C'était sans intérêt, complètement sans intérêt. Il jeta un oeil dans la direction qu'il lui indiquait, ne chercha même pas l'arme des yeux. C'était un réflexe, purement, il n'avait pas besoin d'une preuve pour le croire. Ses mains s'arrêtèrent de courir sur sa peau un instant, accompagnèrent un moment de flottement pensif, reprirent leur tâche autour de ses membres endoloris. Par plaisir, désormais, il ne pensait pas qu'une application plus prolongée produise davantage d'effet. Par envie, simplement.

_ Ce n'est qu'une dague enfin... Je ne vais pas la nommer. D'accord, je conviens que je ne la considère pas tout à fait au même titre qu'une cuillère ou qu'une écharpe, mais cela reste un... objet. Utilitaire de surcroît. Je ne nomme pas mon matériel.

Ses épaules accompagnaient ses doigts dans leurs rondes parfumées et il laissa le mouvement se répandre à son dos, l'onde gagner ses hanches. Il aurait pu éviter le livre, il aurait pu ne pas le ramasser aussi, mais cela aurait été profondément méprisant et il n'avait pas de raisons de le mépriser. Ils s'entendaient des bien, visiblement, avaient les mêmes envies, apparemment, se rendaient service mutuellement. En quelques sortes. Cela ne ferait qu'expliciter cette relation d'échange de civilités, rien de plus, le résultat d'un défi léger, sans conséquences. Sa vie ne pouvait pas être bien passionnante, pas plus que la sienne en tous cas, et elle finissait parfois par l'ennuyer. Qu'est-ce que cela pourrait-il bien changer qu'il sache qui était son maître ou quel avait été son plat préféré ? Rien, absolument rien. Rien n'avait jusqu'ici eut d'importance démesurée entre eux, et il fallait que cela reste ainsi, celui valait mieux pour lui, valait mieux pour eux. La pensée même de ce pronom raviva une masse grouillante de souvenir qu'il fit taire aussitôt. Il n'avait pas d'importance, juste une éventuelle influence.

_ Elle vous appartient puisque je vous l'ai donnée. C'était un cadeau. Vous pouvez la garder.

Comme ça j'aurais toujours un prétexte pour revenir.

_ J'ai de l'huile à la grenade aussi, vous en voulez quelque part ?
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Ven 7 Fév - 15:36
Trop pragmatique, c'est vrai.
Cela ne l'étonnait plus, à dire vrai. Il était ainsi, et ses belles paroles ne pourraient l'en changer. Tant mieux, quelque part, il n'était pas sûr de l'aimer autant sans son petit côté logique et terre-à-terre. Petit. Il le sentait se pencher sur lui. Au plus il le massait, au plus ils se rapprochaient, et ses propres mains se posèrent à leur tour sur son torse, plus délicatement qu'il ne l'aurait souhaité. C'est que cela faisait toujours mal. Les lèvres coincées entre les dents, l'inviter à stopper son massage, quoique fort agréable, et lui laisser le loisir de regarder la table de nuit, trop loin pour son bras. L'étendre, s'en rapprocher difficilement, mais l'atteindre. Ouvrir le tiroir et en tirer un foulard rouge. De la soie, un rouge sanguin, qui irait à ravir avec la grenade.

- Pourriez-vous faire en sorte de le parfumer, lui ?

Moi, je sens assez bon comme cela. Merci.
Un sourire maladroit, le contact rompu. Il n'aurait plus à caresser sa peau, et c'était bien dommage. Il y prenait goût. En vérité, il ne savait trop comment agir. Si cela allait, il était toujours trop soûl pour faire quoi que ce soit et il s'en voulut de mal choisir ses nuits pour se mettre minable. Il aurait aimé pouvoir prévoir. Annoncer son arrivée pour se tenir prêt, juste, savoir qu'il avait un rendez-vous à ne pas manquer. Quelque chose à attendre. Quelqu'un. Qui lui avait fait un cadeau.

- C'est à moi de la nommer, alors. Soledad.

De l'antivan. Solitude, littéralement. Parce que sa fausse jumelle est loin et qu'elle saigne de ne pas pouvoir la revoir. Elles ne travaillent parfaitement bien qu'en équipe. Soledad, parce que c'était le nom d'une femme que Danarius avait reçu dans sa villa à plusieurs reprises. Marchande richissime d'Antiva avec laquelle il faisait affaire. Cette femme lui souriait toujours quand elle le voyait. Le saluait, poliment. Le remerciait lorsqu'il lui servait quelque chose. Tout le temps. À tel point qu'il en était venu à douter de son statut, à se demander si elle n'était pas une courtisane, ou quelque jolie venue partager la couche du maître. Mais non. Elle était agréable, et lui avait soutenu que son prénom ne voulait rien dire. Qu'une  fois transformé en prénom, un nom commun perd son sens. Qu'à Antiva, c'était comme cela. Et que le petit loup n'était peut-être qu'un mensonge de Danarius.

- Il faudrait que vous m'appreniez à m'en servir, caro mio.

Zevran Arainai. Zevran. Après lui avoir donné un baiser dans la nuque, il s'effondra à nouveau sur le lit. La tête tournait.

- Et parmi toutes vos... Vos potions de Corbeau, vous n'auriez rien contre le mal de tête, par hasard ? Une boisson chaude, peut-être ?
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Ven 14 Fév - 3:38
Joli torchon.
Exactement le genre de jolies choses inutiles qu'aurait adoré Isabela, et qu'il adorait aussi. Un embryon d'idée pour le lui voler germa dans son esprit avant qu'il ne le déracine en vitesse. L'habitude. Il n'aurait certainement pas besoin de stratégie pour le voler, et même pas besoin de le voler du tout si il convoitait l'une de ses possessions. C'était stupide, c'était un vieux réflexe. Un vieux réflexe stupide. Il se contenta de l'emprunter, la fit jouer dans ses mains, effleurer ses joues

_ Soledad ? Elle est en bonne compagnie pourtant...Et moi aussi.

Il se pencha en avant, laissa tomber l'étoffe sur le visage fatigué, y déposa un baiser. Il avait espéré le trouver plus en forme à cette heure ci, mais il devrait faire le deuil des longues heures d'exercice escomptées. Dommage pour cette fois, mais qu'il ne s'inquiète pas, il y en aurait d'autres, il y veillerait. Il le veillerait. Il se laissa aller à rire, ne se leva même pas pour aller vérifier ses fioles. Il savait pertinemment qu'il n'avait rien de tel sur lui, et n'avait aucune envie de quitter sa position pour lui faire le plaisir de chercher. Une boisson chaude. Parfois avait il un mélange de plantes relaxantes, mais rien de plus, et il cette fois ce n'était pas le cas. Quand il en avait besoin, il achetait ou cueillait directement ses ingrédients sur place, pour peu que le lieu le lui permette, les décoctions n'étant guère complexes, mais il s'imaginait mal se lever, se rhabillait et descendre à la recherche d'un apothicaire pour un simple mal de tête. D'ailleurs il l'avait bien cherché.

_ Eh non, malheureusement je n'ai rien de tel. Je n'en ai pas l'utilité pour tout vous dire. Mais ne vous inquiétez pas, vous n'aurez pas besoin de votre tête...

Toujours avec classe et subtilité, mais vu l'état cérébral dans lequel il se trouvait, il lui rirait au nez si il lui en faisait la remarque. Il quitta sa confortable assise, repris sa place première entre ses jambes et avec elle son ouvrage appliqué. Langue, lèvres et puis ses mains, qu'il délogeait alors des siennes. Expirer contre sa peau, inspirer sa chaleur, il se félicita d'être revenu vers lui, encore une fois. C'était si peu et si important de se sentir avec lui, de n'être plus tout seul et de savoir qu'on aurait quelqu'un à chercher, un rendez-vous prochain, avant même de s'être séparés. Ses mains se firent plus hésitantes en descendant entre ses cuisses, c'était un terrain où tous les hommes n'appréciaient pas forcément que l'on vienne jouer et il ignorait encore quelles étaient les dispositions de Fenris sur le sujet, peut-être était-ce le bon moment pour les tirer au clair. Etirer ses lèvres, sourire un peu, les yeux fermés, des fois qu'il le regarde. Toujours sourire. Il savait que cela lui allait bien et il savait aussi qu'on était moins prompt à refuser des propositions souriantes.
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Mer 19 Fév - 3:20
Sa jumelle lui manquerait comme ses anciens comparses lui manquaient. C'était bien pour cela qu'il revenait vers lui, non ? Il n'était pas homme à s'attarder sur une de ses compagnies nocturnes. Du moins pas sans raison. S'il était là c'était parce qu'il y trouvait son compte. Sans doute une histoire de lien les unissant car ils étaient tous deux de Thédas, qu'il aimait à en parler à quelqu'un qui pouvait comprendre, qu'Antiva lui faisait défaut, parfois, qu'il était le seul à pouvoir joindre l'utile bien-être psychique et l'agréable douceur physique. Ils y trouvaient leur compte, l'un comme l'autre, acceptaient la relation comme elle venait. En temps que tel, et pour rien d'autre. Rien d'autre au monde il n'aurait souhaité la troquer. Pour rien au monde il n'y aurait renoncé. S'il n'était pas capable de mieux, il se contenterait de cela. Poupée de chiffon au cœur de miettes, tas de graviers à la merci de l'enfant qui le façonne, esclave, esclave. Toujours.
Il était sa chaleur une fois son souffle perdu entre ses cuisses. Il était la vie, inestimable éminence, lorsque son toucher implorait sa peau, dévalait les pentes raides de ses années marquées au fer. Il était son appui, élément indicible de son équilibre après avoir parcouru les premiers mètres sur le fil, et les bras qui le cueilleraient à son arrivée. Il était un tout, son tout, et garder les yeux fermés ne lui convenait plus. Pas quand il pouvait le voir. Il était déjà trop rare pour détourner le regard alors qu'il était là, affairé à une tâche qui lui incombait, peut-être, mais dont il ne se satisfaisait pas. Ce n'était pas cela dont il avait envie. C'était d'arracher ses lèvres à son intérêt perfide et bien plus séduisant pour les offrir gracieusement à leurs équivalents, sèches et dévorées par des crocs qui agissent de paire avec la pensée. Qu'il le fasse, bon sang, qu'il le fasse.
Et c'est ce qu'il fit.

Ravir son corps au sien en l'empoignant par la nuque, en le soulevant, et fondre sur celles qui portaient contre leur derme fragile son odeur, le nectar de sa salive mêlée à sa sueur, comme un trésor qui ne pouvait que lui appartenir. Et il n'appartenait à personne d'autre. Serrer son corps si fort entre ses bras, contre sa poitrine, que la victime n'avait pas à invectiver ses préférences sur ce qui était son échine, cambrée, tordue, pour qu'il puisse plonger davantage en lui. Faire jouer leur langues ensemble, ne plus quitter son poste jusqu'à ce qu'il décide de le faire basculer, être au-dessus, pour ce que cela impliquait. Lâcher sa bouche mais pas ses crins, y enfoncer les mains jusqu'à sentir les poignets frémir de leurs récentes blessures, sa tête flancher sous le poids de sa foutue connerie. Son front contre son front, son torse contre son torse.

- Je sais me servir de cela, là n'est pas le problème.

Tombe à ton tour, toi que j'aime. L'accompagner, presque docile, contre les draps. Précieux à ne pas froisser autrement que sous l'assaut de sa langue, de ses dents contre la pomme coincée dans sa gorge qu'il s'appliquait à suçoter, tétine saillante, tremblante. Avidement. Goulûment. En sentir une autre, frémissante sous les voilures fines qu'il était seul à arborer, du bout de sa force transie. Ne pas s'en approcher davantage, il avait d'autres projets. Délacer sa tunique, l'étirer pour laisser s'insinuer contre son torse ses phalanges adroites, couleuvres glissant le tissu le long de ses épaules pour l'en débarrasser. Les lèvres toujours posées sur la bosse qui ondulait à mesure de ses déglutitions, frétillante sous son joug et ses soupirs lascifs qui subissait son amour comme un fardeau trop lourd qu'il cherchait à porter.
Épris de ses courbes elfiques, à moins qu'elles ne fussent antivanes, à trop vouloir caresser on finit par devenir brutal. Tous ses souffles s'épuisèrent durant la chute qui le conduisit vers le relief de son bas ventre. Taquine et enjouée, la pointe humide qui vint déposer sa salive sur son membre encore terré sous son pantalon. Ses mains occupées à goûter la chair ardente de ses flancs, de ses hanches, d'une paume scabreuse, de la pulpe des doigts redessinés, avant de s'immiscer dans l'intime sans plus de patience. Sensuel en chatouillant le seul duvet de son corps. Vaurien en faisant glisser ses vêtements sans les accompagner jusqu'au bout. Vandale de laisser sa respiration, sa langue, à ce point espiègle contre lui. Fourbe en laissant déraper la salive trop bas, son long, entre la captive et le vit. Il y avait tant à visiter qu'il ne savait par où commencer. Alors la main prit le relais, orgueilleuse trépignante à se savoir convive de telle cluse, tandis qu'il s'épanchait contre lui, vint mordiller la pointe de son oreille, y saliver, et retournait d'où il venait.
Dis-moi si cela ne va pas.

- J'ai tant à vous dire, Zevran Arainai, et si peu de mots pour le faire.

Mais vous, vous n'avez rien à dire, n'est-ce pas ? Vous vous ne pensez à rien, dans ces moments-là. Vous faites bien. De ne pas être encombré de souvenirs, de remords, de questions sans arrêt. Vous faites bien de ne pas être torturé, et vous ne le serez jamais. Ce que je peux vous envier, caro mio. Ce que je donnerais pour être comme vous.
Avec vous.
Laissez-vous faire. Laissez-moi faire. Vous savoir en moi est un présent des plus agréables. C'est à moi de vous toiletter, à présent.
Je n'en peux plus.
Dis-moi, je t'en prie.
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Mer 12 Mar - 7:21
Ramener sa tête vers lui, sans douceur, y coller ses lèvres, écrasées contre son oreille.
Je suis là.

_ Inutile de vous presser, j'ai tout le temps qu'il vous faudra.

Pour l'instant je suis là.
L'instant d'après il serait loin, sans doute aucun, pour des semaines, des jours, des mois, et puis il reviendrait, disait sa bouche en embrassant ses cheveux, qu'il ne s'en fasse pas.Qu'il se rassure. Qu'il ne s'encombre pas l'esprit de vaines considérations, quelles qu'elles soient. Il les supposait nombreuses. Déjà nauséeux de la discussion peu plaisante qu'annonçaient un peu plus chacune de ses caresses, reconnaissant du soin qu'il prenait de lui, l'éclat solaire qu'il entretenait juste sous ses côtes ombragé par un doute. Mais plus tard, après tout. Après tout ce qui leur ferait du bien. Béni. Béni soit-il lui qui faisait une auréole de sa chevelure et reliques à adorer de ses mains souillées. Ses mains dont les doigts aveugles s'enroulaient, s'étreignaient, s'enlaçaient, s'aimaient autour de gorges dont ils ne pouvaient que forcer l'abandon. Celle ci ne demandait rien d'autre et autour d'elle ils ne firent que danser, sur ses épaules, le long de son dos, entre ses omoplates où la moiteur de sa peau ferait naître une petit goutte, plus tard, et puis ils glissaient le long de ses flancs, revenaient à son cou, avides d'une emprise sur lui. Avides de lui. Presque pressé qu'il termine son ouvrage pour pouvoir à nouveau garder sa bouche pour la sienne. Il n'eut pas la patience de l'attendre, l'arracha à sa tâche et la ramena vers lui qui se penchait, puéril dans son empressement soudain d'engloutir les mots qui n'étaient que pour lui. Ces mots d'une autre langue.
Voraces, ses lèvres qui suintaient la sève de leur désir, soudainement insatiables, dévoreuses sans scrupules qui goûtaient les secondes avant qu'elles ne lui échappent. Aimer vite avant qu'il ne lui fasse du tort, aimer beaucoup, maladroitement, comme il s'excusait. Avec les trébuchements de l'urgence qui cherche à se faire pardonner et ses douceurs étaient amères de sa culpabilité. Suc écœurant, étouffant, dont les relents vénéneux lui semblaient pourrir chacun de ses gestes. Lui semblaient vicier chacun des mots qu'il avortait douloureusement avant qu'ils n'atteignent sa glotte, comme on ravale sa bile.

Il ne savait que déglutir, que prendre et non pas donner parce qu'il en demandait trop. Il lui en demandait trop. Il s'était trompé de personne, ce n'était pas lui qui lui rendrait ce qu'il lui prêtait avec sincérité. Sa fierté sans atours, ses attentes sans fard et lui équivoque avec ses ses sourires grimaciers, qui l'invitèrent dans leur cruelle mascarade. Une jambe entre les sienne et un  bras contre son dos, lui faire vilement perdre ses appuis pour glisser avec lui parmi les draps froissés du lit à ses pieds. Ses lèvres humides au bas de son dos entamèrent une silencieuse ascension, parfois troublée par une légère morsure ou une succion et quand elles arrivèrent entre ses ailes osseuses, elles burent la larme d'écume qui s'y était formée. Abreuvées, sages contre sa nuque qu'elles semaient de leurs tendres floraisons, elles s'égarèrent vers la joue qui leur était offerte alors qu'il employait sa main à s'énamourer d'autres rondeurs.

_ Suis-je indélicat en vous disant que vous me plaisez aussi de dos ?

Susurrent avec une arrogance mutine, et une langue et un majeur qui, chacun à son doux seuil, taquinent une orée prometteuse.
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Jeu 13 Mar - 2:38
Viens. J'ai très peur, mais pas de toi.
Plus près.

Son gémissement s'étouffa lorsqu'il le sentit contre son oreille, la salive aux portes de sa pointe. Il avait espéré que ces caresses soient exclusives. Un mauvais souvenir. Il s'était pris à rêver qu'il n'y avait plus de maître, mais il serait à jamais esclave et Zevran était un homme libre. Il avait tous les droits sur son corps. Il pouvait s'y épancher comme on lape les dernières gouttes d'une bouteille de vin, il pouvait laisser traîner ses paumes, son vît où bon lui semblait, à la surface comme dans l'intime. À plat ventre, les mains noyées sous les draps et la joue épousant le sol, ses courbes étaient une offrande qu'il n'attendait pas de déposer pour profaner.
Son contact ardent et son souffle d'une perfidie qu'il sentait maléfique au point de le corrompre, il ne lutta pas un instant lorsque ses vices s'étirèrent au creux de son dos, à la brisure de ses reins. C'était tentant, parce que ce n'était pas forcé. Il pouvait aisément se défaire de son emprise, la tourner à son avantage, mais il n'était pas mal installé et, pour peu que son tortionnaire ne s'éloigne pas, il pouvait encore jouer avec lui. Attraper d'une main son crâne, l'attirer vers lui sans trop de douceur, brusquer chacune de ses caresses pour les interrompre, les vivifier, s'arracher un soupir convaincu et offrir à ses lèvres en récompense un doigt qu'il avait au préalable sucé.

- Aussi discourtois que me rappeler que je peux encore plaire.

Aussi impoli que d'abandonner sa main contre son plexus, contraindre ses yeux à ne regarder que ses yeux.
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Lun 31 Mar - 7:01
Il n'avait pas l'air mécontent de la tournure que prenait la chose et il en fut soulagé. C'était bien assez que de lui voler tant de douceurs, il n'aurait pas pu souffrir de le décevoir à nouveau, en avance. Ce serait pour tout à l'heure, et l'heure s'annonçait. Le ciel était plus clair déjà, l'horizon ardent, bouillonnant, qui préparait son impérieuse percée. Il aurait voulu la souffler comme une flamme importune, la moucher simplement de ce doigt que sa langue enlaçait, se permettait d'aimer parce que c'était un cadeau, un petit rien, un rien que pour lui. Cela n'engageait à rien, il y en a neuf autres laissés mal aimés. C'était une amourette égoïste et avare qui ne prétendait pas être autre chose, qui se permettait d'être sans mentir. Il pourrait dire "J'ai aimé votre doigt". Ridicule. Pathétique. La nuque qui ploie, fierté vaincue, et les crins qui glissent devant son visage, soustrayant ses yeux aux siens, la bouche entrouverte qui laisse échapper sa proie. Il renâcle, piaffe, n'attend que quelques mots, même banals, murmurés à son oreille, mais ils ne viendront pas. Il n'y a pas de raisons et il a peur d'en avoir vraiment envie.

_ Si vous aimez mieux autre chose, dites le moi, hm ?

Il aimait mal être indésirable, quel que soit le sens que l'on choisissait d'associer au terme, sinon peut-être celui de parasite. C'était bien ce qu'ils étaient après tout, lui et ses lèvres humides qu'il avait arrachées à leur bonbon. Un peu à regret, mais d'autres s'annonçaient, meilleurs encore, et ils redescendirent chacune de ses vertèbre pour les obtenir, ou peut-être en sautèrent-ils une ou deux, toute patience abandonnée. Un baiser semblable au précédent sur une joue différente et des mains entre ses cuisses qu'il se faisait violence pour garder lentes, sereines, un peu tremblantes, qui sans doute l'avaient déjà trahi. Lui laisser le temps de refuser, si c'était ce qu'il voulait, en souhaitant si peu qu'il le veuille et continuer de laisser frémir les longues lignes qu'il traçait du bout des doigts. Pour certains, le silence est consentement. Pour lui le silence était silence et en l'occurrence, le silence était. Il ne l'aimait pas, il voulait le briser et sut qu'il n'oserait pas. Ses lèvres s'ouvrirent pour se taire, éprises de la chair qu'elles asservissaient, qu'elles étreignaient, embrassaient dont elles épousaient languissamment le pétale rose et fleuri. Ses lèvres embuées qui rapidement ne se suffirent plus, délièrent la langue qu'elles gardaient presque timidement au fond de leur antre, laissèrent leur ouvrage à ses caresses fiévreuses. Et si elles ne lui plaisaient pas ? Il n'oserait pas mais ce silence persistant se faisait lancinant, il n'oserait pas. Ou peut-être que si en fin de compte, oserait-il lui dire qu'il avait envie de l'entendre gémir. Il se contenta de le lui chuchoter, de ses lèvres qui gouttaient sa ferveur, qui goûtaient parfois sans douceur, contre une oreille seule à pouvoir l'entendre, lui fredonna la chanson de leur amour.
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Mer 2 Avr - 2:39
Il lui appartenait, quelque part. Maintenant il était un peu à lui, dans sa mémoire arrosée, contre la virilité droite, alors que l'une de ses mains s'épanchait à son chevet pour satisfaire son terrible besoin de compagnie. L'autre trop occupée à contenir ses soupirs en capturant le drap sous lui, à sa merci. La force de son poing crispé et celle de son honneur mal placé, qui refusait d'y voir un plaisir bienséant. Quelque chose qu'il n'aimait pas, et qu'il n'aurait osé stopper pour rien au monde de peur de le blesser. Zevran Arainai n'était pas homme à manquer de ressources, il n'en avait jamais douté, et la sensibilité dont il ne se targuait que peu ne lui était pas invisible. Et il avait peur de heurter son ego, son si cher ego, comme il avait peur de rompre leur lien. Et il n'était pas prêt à cela.
Prêt à le laisser s'échapper une nouvelle fois, aux premiers rayons du soleil. Le négoce n'était pas son fort, il n'était le gagne-pain d'aucun d'eux deux, le doigt humide qu'il porta à ses lèvres le lui rappelant amèrement. Ce même doigt qui lui fit goûter à l'amorce de sa propre sève, qui avait nourri l'amant, qui le rassurait maintenant. Un doigt pour lui apporter réconfort et pondération, un doigt qu'il prit soin de ne pas lâcher avant de ne plus pouvoir contenir son soupir. Sans doute un peu bruyant.

- J'aime mieux votre langueur feinte, Serah, bien qu'elle se destine entre autres à participer à ma folie.

Ma folie de vous. Ma folie que j'aurai aimé contenir davantage, si mon désir n'avait pas été aussi violent. Les membres antérieurs raidis, tendus, l'échine droite pour ne pas se casser. Il sentait ses coups de reins fantômes, son torse contre son dos, son souffle courbé dans sa nuque et leur corps enchevêtrés, leur visages fondus l'un dans l'autre, près, tout près. Il aurait aimé inverser leur position et ne plus attendre. Il aurait aimé pouvoir guider ses phalanges ailleurs que le long de son vit, chercher le sien s'il avait été à sa portée, seulement à sa portée. Il aurait aimé parler sans gémir à ce point alors qu'il ne se passait rien, que ses fantasmes absurdes devançaient la diatribe de son futur. La joue contre le tissu, le regard en proie au désarroi tandis que son tortionnaire s'émancipait petit à petit, libéré de sa vue, de son joug, et il crut défaillir lorsqu'il sentit ses taquineries mesquines et cruelles se poursuivre sans qu'il n'ait voix au chapitre. Un soupir ravalé, contenu, le souffle brossé et l'esprit plus ou moins clair. C'était insoutenable, c'était maladroit, et c'était excitant.
Délicieusement interdit.

- Et si vous attendez quoi que ce soit de ma part, sachez que vous vous y prenez admirablement bien.
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